
Qu’est-ce que RSDE II ?
Le programme RSDE II (Recherche et Réduction des Substances Dangereuses dans les Eaux) est une initiative réglementaire française lancée en 2009. Elle visa à caractériser précisément les polluants présents dans les rejets industriels, puis à encadrer leur surveillance et leur réduction.
Cette campagne de screening des rejets constitua une étape majeure dans la gestion des pollutions industrielles, car elle s’est bâtie sur des mesures réelles réalisées sur plusieurs milliers de sites à l’échelle nationale. En France, jamais une campagne nationale d’une telle ampleur n’avait été menée sur les rejets d’eaux usées industrielles.
Une campagne nationale d’envergure
RSDE II s’est appuyée sur une longue campagne de mesures menée entre 2009 et 2014, impliquant environ 3 700 installations industrielles de 42 secteurs d’activité.
L’objectif était double :
- Identifier et quantifier les substances dangereuses rejetées
- Déterminer celles nécessitant une surveillance prioritaire
Cette approche a permis de passer d’une connaissance théorique à une vision concrète des rejets industriels en France, par secteur d’activité.
Quels polluants ont été mis en évidence ?
Lors de cette étude, 112 substances dangereuses ont été recherchées. Les substances visées étaient des micropolluants (métaux et métalloïdes, composés organiques halogénés volatils (COHV), hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), etc.). En parallèle, la demande chimique en oxygène (DCO) ou le carbone organique total (COT) et les matières en suspension (MES), paramètres « classiques » de suivi de la pollution, ont été mesurés dans chacun des rejets. L’objectif était de vérifier la représentativité de l’activité de l’entreprise lors des prélèvements.
Note : 6 prélèvements par site minimum étaient exigés dans la circulaire de cadrage de la campagne, quota respecté par seulement 65% des sites.
Les résultats de RSDE II ont montré une grande diversité de substances présentes dans les effluents industriels. Au total, sur l’ensemble des substances, on dénombra 1678 cas de dépassement des seuils de surveillance pérenne, respectivement :
Métaux lourds (57%)
Les métaux étaient responsables de 57% des dépassements des seuils, les plus fréquemment retrouvés :
- Zinc
- Cuivre
- Nickel
- Chrome
- Plomb
- Cadmium
Ils sont présents dans de nombreux secteurs et constituent souvent un enjeu prioritaire de traitement.
Hydrocarbures et solvants (21%)
- Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP)
- BTEX (benzène, toluène, etc.)
- Solvants chlorés
Ces substances sont typiques des industries chimiques, pétrochimiques ou de dégraissage.
Polluants organiques persistants (1%)
- PCB
- Dioxines et furanes
Même à faible concentration, ils présentent une forte toxicité et une grande stabilité dans l’environnement.
Pesticides et biocides (1%)
Ils peuvent être présents dans certains rejets industriels ou via des contaminations indirectes.
Micropolluants industriels autres (19%)
- Phtalates
- Alkylphénols
Ces composés sont de plus en plus surveillés en raison de leurs effets sur les milieux aquatiques.

Les dépassements concernaient principalement :
- les métaux (très largement dominants),
- suivis par les composés organiques industriels (alkylphénols, solvants),
- puis des polluants plus spécifiques mais persistants (PCB, BDE, organoétains).”
Focus sur les métaux lourds : des polluants omniprésents
Parmi toutes les substances étudiées, les métaux lourds occupent une place centrale.
Ils se distinguent par :
- Leur fréquence élevée dans les rejets
- Leur persistance dans l’environnement
- Leur capacité à s’accumuler dans les organismes vivants
Ils sont donc souvent au cœur des stratégies de traitement des effluents industriels.

En regardant de plus près les 42 secteurs concernés par des dépassements sur le paramètre « métaux », on distingue 11 acteurs responsables des 3/4 des dépassements.
Sur les 954 dépassement de seuils de surveillance, 325 ont été classés en étude de réduction. Le zinc représentait à lui seul 37% des études de réduction métaux.
Des obligations renforcées pour les industriels
À l’issue de cette campagne, les exploitants doivent :
- Réaliser des campagnes de mesure de leurs rejets
- Identifier les substances significatives
- Mettre en place une surveillance régulière
- Engager des actions de réduction si nécessaire
Ces actions peuvent inclure :
- l’optimisation des procédés
- le traitement des effluents
- la substitution de certaines substances
Une base pour les réglementations actuelles
RSDE II a servi de fondement aux évolutions réglementaires récentes sur les micropolluants.
Aujourd’hui, la surveillance des rejets s’inscrit dans une logique de :
- suivi à long terme
- élargissement des substances surveillées
- intégration de nouveaux polluants (ex : PFAS, résidus pharmaceutiques)
Conclusion
RSDE II constitue une campagne de référence pour la compréhension des rejets industriels en France. Elle a permis d’identifier les polluants réellement présents dans les effluents et de structurer leur surveillance.
Si de nombreuses substances sont concernées, les métaux lourds restent un enjeu majeur, en raison de leur présence fréquente et de leur impact durable sur l’environnement.
Pour en savoir plus sur les techniques d’abattement des pollutions métalliques, consultez notre article : comparatif des solutions de traitement de l’eau pour traces de métaux lourds.
Cliquez ici pour consulter le rapport complet RSDE II sur le site de l’INERIS.
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