
Le cadmium fait aujourd’hui l’actualité en France et en Europe. Les récentes alertes sanitaires sur la surexposition de la population ont remis en lumière ce métal lourd, longtemps sous-estimé, mais désormais identifié comme un contaminant majeur de l’environnement.
Si le débat public se concentre surtout sur l’alimentation et les sols agricoles, le cadmium reste également présent dans de nombreux effluents aqueux, avec des enjeux directs pour les exploitants et les stations de traitement. Cet article vise à mettre en lumière ce polluant, pour mieux le comprendre et le traiter.
Un métal lourd toxique et strictement encadré
Le cadmium (Cd) est un métal lourd sans fonction bénéfique connue pour le vivant. Les effets du cadmium sur l’organisme sont connus depuis les années 1950. Très toxique sous toutes ses formes (solide, vapeur, sels, composés organiques), c’est l’un des rares éléments n’ayant aucune fonction connue dans le corps humain ou chez l’animal. Il est reconnu pour sa toxicité élevée, même à faible concentration, et sa capacité à s’accumuler dans l’organisme humain. Il est d’ailleurs classé substance dangereuse prioritaire au niveau européen, dans la Directive Cadre sur l’Eau.
Le cadmium est classé comme cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction. Il est reconnu comme cancérogène certain pour le poumon en milieu professionnel, et est aussi suspecté d’induire d’autres cancers (pancréas, vessie, prostate et sein).
Les effets documentés dans la littérature incluent également des atteinte rénales chroniques, une fragilisation osseuse (ostéoporose et risques de fractures) et une toxicité cardiovasculaire.
Sur le plan environnemental, le cadmium est :
- non biodégradable,
- fortement persistant,
- bioaccumulable dans les chaînes alimentaires.
Ces caractéristiques font de lui un polluant extrêmement persistant et expliquent des réglementations de plus en plus strictes, notamment sur les rejets aqueux.
L’eau, vecteur de vie et de pollution
L’eau est au cœur d’un cycle naturel permanent qui la fait circuler entre atmosphère, sols, rivières et nappes souterraines. Ce mouvement continu en fait un vecteur essentiel de vie, indispensable aux écosystèmes et aux activités humaines.
Mais ce rôle de transport a une autre conséquence : l’eau devient également un vecteur de pollution. Lorsqu’elle entre en contact avec des contaminants — notamment des polluants persistants comme les métaux lourds — elle les disperse dans l’environnement, parfois sur de longues distances et sur des périodes très longues.
Contrairement à certains polluants organiques, les substances persistantes, comme les métaux lourds ou les PFAS, ne se dégradent pas. Elles s’accumulent dans les sols, migrent lentement vers les nappes souterraines et peuvent continuer à circuler pendant des années, voire des décennies.
Dans ce contexte, la gestion de cette pollution de l’eau ne repose pas uniquement sur la dilution ou le temps : elle nécessite la capture et l’élimination des polluants, idéalement avant qu’ils ne s’inscrivent durablement dans le cycle de l’eau.
Une actualité récente qui remet le cadmium au centre des enjeux
Les autorités sanitaires françaises ont récemment alerté sur une surexposition importante de la population au cadmium, principalement via l’alimentation. L’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire a par exemple publié un rapport fin mars, exhortant le Gouvernement d’agir sur la pollution au cadmium.
Cette actualité a ravivé l’attention sur ce métal lourd et les engrais phosphatés, issus de gisements géologiques naturellement riches en cadmium.
Même si le débat public se concentre sur la chaîne alimentaire, cette situation rappelle un point essentiel : le cadmium circule entre nos sols, nos eaux et nos écosystèmes. Persistant et mobile, il n’attend qu’à rencontrer nos organismes pour s’y accumuler.
Le cadmium dans les eaux industrielles : une réalité technique
En parallèle de ces sources diffuses, le cadmium est également présent dans plusieurs effluents industriels. On peut retrouver du cadmium dans les eaux usées issues de :
- la métallurgie des métaux non ferreux,
- le traitement de surface et la galvanoplastie,
- la fabrication de batteries (notamment anciennes technologies Ni-Cd),
- les industries chimiques et pigments,
- certains procédés de traitement des déchets.
Dans ces contextes, le cadmium est généralement présent sous forme dissoute (Cd²⁺) ou particulaire, selon les conditions physico-chimiques des effluents.
Pourquoi retrouve-t-on du cadmium dans les effluents industriels ?
La présence de cadmium dans les effluents industriels s’explique principalement par son association naturelle avec d’autres métaux et par son utilisation historique dans certains procédés.
D’un point de vue métallurgique, le cadmium est souvent présent comme impureté dans les minerais de zinc, de plomb ou de cuivre. Lors des opérations d’extraction, de raffinage ou de traitement de surface, il peut être mobilisé et se retrouver dans les eaux de process ou de rinçage.
Par ailleurs, le cadmium a longtemps été utilisé dans plusieurs applications industrielles, notamment dans les batteries (technologie nickel-cadmium), certains pigments, ou encore des traitements de surface spécifiques pour leurs propriétés anticorrosion. Même si ces usages ont fortement diminué, ils restent présents dans certaines filières ou dans des installations plus anciennes.
Enfin, le cadmium peut également apparaître de manière indirecte dans les effluents, notamment via le traitement de déchets industriels ou le lessivage de résidus contenant des métaux. Dans ces cas, il est relargué sous forme dissoute et rejoint les circuits d’eau.
Au final, le cadmium est rarement un polluant “principal”, mais plutôt un métal trace persistant, difficile à éliminer complètement et qui se retrouve dans les effluents à la suite des procédés industriels ou des matières premières utilisées.
Un enjeu réglementaire déjà opérationnel pour les industriels
Contrairement à d’autres polluants émergents, le cadmium est déjà strictement encadré dans les rejets industriels. L’Europe vise une élimination totale de ce polluant dans les rejets d’eaux usées industrielles en le classant Substance Dangereuse Prioritaire.
La directive cadre sur l’eau définit dans son article 16 un cadre légal et méthodologique pour une hiérarchisation des substances polluantes pour les milieux aquatiques. Dans ce cadre, la décision 2455/2001 du 16 décembre 2001 établissait une liste de substances prioritaires, dont certaines sont considérées comme dangereuses. Le rejets, émissions et pertes de ces substances dangereuses prioritaires devaient être progressivement supprimés, dans un délai de vingt ans.
Les installations classées industrielles doivent respecter des seuils de rejet très bas, voire rejet zéro. Sur le terrain, dans la plupart des installations industrielles, les traitements physico-chimiques permettent d’abattre une grande partie du cadmium présent dans les effluents.
Cependant, atteindre des concentrations très faibles en sortie conformes aux exigences réglementaires reste particulièrement complexe.
Solutions de traitement du cadmium dans l’eau
Le traitement du cadmium dans les effluents industriels repose historiquement sur des procédés physico-chimiques éprouvés. La précipitation chimique, en particulier, reste la méthode la plus répandue. Elle consiste à transformer le cadmium dissous en composés insolubles, généralement sous forme d’hydroxydes, qui peuvent ensuite être séparés par décantation. Ce type de traitement est souvent complété par des étapes de coagulation et de filtration afin d’améliorer la séparation des phases.
Ces solutions sont efficaces pour abattre des concentrations élevées, mais elles atteignent leurs limites lorsque les exigences de rejet deviennent plus strictes ou que les effluents sont complexes.
Limites des traitements conventionnels
À ces faibles concentrations, les limites des procédés classiques apparaissent. La précipitation chimique devient moins efficace, notamment parce que le cadmium reste partiellement soluble et que les équilibres dépendent fortement du pH. La présence d’agents complexants ou d’autres métaux complique encore la situation en maintenant une fraction du cadmium en solution.
Dans les conditions réelles d’exploitation, ces contraintes se traduisent par une difficulté à stabiliser les performances dans le temps. Les variations d’effluents ou de production peuvent suffire à provoquer des dépassements ponctuels, même sur des installations bien maîtrisées.
Dans ces cas, des technologies membranaires comme la nanofiltration ou l’osmose inverse peuvent être mises en œuvre pour affiner le traitement, au prix toutefois de contraintes d’exploitation plus importantes et de coûts énergétiques significatifs. A cela s’ajoute la gestion de la pollution concentrée, le « concentrat » d’une méthode de filtration membranaire.
Face à ces limites, les procédés d’adsorption suscitent un intérêt croissant. Ils permettent de capter directement les ions cadmium résiduels en solution, notamment à faible concentration, là où les traitements conventionnels deviennent moins performants. Leur principal avantage réside dans leur capacité à stabiliser les performances, même en présence de variations de charge ou de composition des effluents.
Les apatites techniques pour le traitement du cadmium
Certains matériaux minéraux présentent à cet égard des propriétés particulièrement intéressantes. Les apatites, par exemple, possèdent une affinité naturelle avec les métaux lourds et permettent de fixer le cadmium de manière durable, via des mécanismes combinés d’adsorption et de précipitation. Ce matériau offre une affinité naturelle avec les ions métalliques, permettant leur immobilisation durable dans le traitement des eaux. Ce type d’approche ouvre la voie à des solutions de traitement plus robustes, mieux adaptées aux contraintes actuelles de conformité et de performance.
En développant des apatites techniques spécifiques pour le traitement de l’eau, BIOHAP permet une grande efficacité pour le traitement du cadmium à l’état de trace, en complément des technologies déjà en place. Cette approche s’intègre facilement en étape de polishing, en aval des traitements physico-chimiques, afin de capter les concentrations résiduelles difficiles à éliminer.
Des essais en colonne d’apatite réalisés sur des effluents chargés en cadmium illustrent cette performance. Pour une concentration initiale de l’ordre de 1,3 mg/L, les concentrations en sortie sont maintenues à des niveaux inférieurs à 5 µg/L sur une large plage de fonctionnement, soit un abattement supérieur à 99 %. Ces résultats confirment la capacité du média à traiter efficacement le cadmium, y compris à faible concentration, là où les traitements conventionnels atteignent leurs limites.

Cette approche permet ainsi de sécuriser la conformité des rejets, tout en apportant une meilleure stabilité face aux variations d’effluents. En ciblant spécifiquement les faibles concentrations, les solutions à base d’apatite répondent aux limites des procédés conventionnels et offrent une alternative pertinente pour les industriels confrontés à des exigences de plus en plus strictes sur les métaux lourds.
Conclusion
Le cadmium est aujourd’hui au croisement de plusieurs enjeux : sanitaire, environnemental et industriel.
Si l’actualité met en lumière son impact sur la population via l’alimentation, il reste également un contaminant présent dans certains effluents industriels, soumis à des exigences réglementaires strictes.
Dans ce contexte, la maîtrise des rejets en cadmium constitue un enjeu opérationnel concret pour de nombreux sites industriels, où les solutions de traitement doivent être à la fois efficaces, stables et compatibles avec des contraintes de plus en plus fortes.
Pour consulter un comparatif complet des solutions de traitement de finition pour les pollutions métalliques traces comme le cadmium, rendez-vous sur notre article : Comparatif des solutions de traitement de l’eau pour traces de métaux lourds.