Chrome dans les eaux industrielles : origines, réglementation et solutions de traitement

La pollution de l’eau par le chrome est principalement associée aux activités qui utilisent des composés chromés, transforment des alliages ou traitent des matières premières qui en contiennent.

Le chrome présent dans les eaux industrielles ne peut pas être traité correctement sans connaître sa forme chimique. Le chrome hexavalent, ou Cr(VI), doit généralement être réduit en chrome trivalent, ou Cr(III), avant de pouvoir être éliminé efficacement par précipitation. Lorsque cette étape laisse subsister une faible concentration de chrome dissous, un traitement de finition peut être ajouté en aval.

Pour choisir une filière adaptée, il faut donc répondre à quatre questions : quelle forme de chrome est présente, à quelle concentration, dans quelle matrice et avec quel objectif de rejet ? Cette caractérisation évite de sélectionner un traitement inadapté ou de sous-dimensionner une étape essentielle.

Chrome III ou chrome VI : pourquoi la forme chimique change tout

Dans l’eau, le chrome est principalement rencontré sous deux états d’oxydation : le chrome trivalent Cr(III) et le chrome hexavalent Cr(VI). Cette distinction ne relève pas seulement de la nomenclature chimique. Elle détermine la mobilité du polluant, sa toxicité et les procédés capables de le traiter.

Le chrome trivalent Cr(III)

Le chrome trivalent est généralement présent sous forme cationique ou associé à des hydroxydes, des particules et différents ligands présents dans l’effluent. Sa solubilité dépend fortement du pH et de la composition de l’eau.

Dans de nombreuses installations industrielles, le Cr(III) est éliminé par ajustement du pH afin de provoquer la formation d’un précipité d’hydroxyde de chrome. Ce solide peut ensuite être séparé par coagulation-floculation, décantation ou filtration.

Cette méthode est adaptée à l’abattement d’une charge importante. Elle peut toutefois laisser une fraction résiduelle dissoute lorsque les conditions de précipitation ne sont pas optimales, lorsque le chrome est complexé ou lorsque l’objectif de rejet est particulièrement bas.

Le chrome hexavalent Cr(VI)

Le chrome hexavalent est notamment présent sous forme de chromates ou de dichromates. Ces espèces anioniques sont généralement plus mobiles dans l’eau et beaucoup plus préoccupantes sur le plan toxicologique que le Cr(III). Le Centre Léon Bérard, dans sa fiche consacrée au chrome VI, rappelle que les activités industrielles constituent les principales sources de rejet de Cr(VI) dans l’environnement.

Une simple augmentation du pH ne suffit généralement pas à précipiter le Cr(VI). La filière physico-chimique conventionnelle comprend donc deux opérations successives :

  • réduire le chrome VI en chrome III ;
  • précipiter puis séparer le chrome III ainsi formé.

Le Water Handbook de SUEZ consacré à la réduction du chrome hexavalent décrit précisément cette succession réduction-précipitation.

Chrome total, chrome dissous et spéciation

Une analyse de chrome total ne permet pas, à elle seule, de déterminer la part de Cr(III) et de Cr(VI). Elle ne précise pas non plus si le métal est dissous, associé à des colloïdes ou fixé sur des matières en suspension.

Selon le contexte, le diagnostic peut donc combiner :

  • le chrome total sur l’échantillon brut ;
  • le chrome hexavalent par une méthode analytique adaptée ;
  • le chrome dissous, après filtration définie avec le laboratoire ;
  • le pH, les matières en suspension et la conductivité ;
  • la présence d’autres métaux ou d’agents complexants.

Cette étape est déterminante. Un problème de chrome particulaire appelle d’abord une amélioration de la séparation solide-liquide, tandis qu’un chrome réellement dissous nécessite une réaction chimique ou un média capable de le fixer.

D’où vient le chrome dans les eaux industrielles ?

La pollution de l’eau par le chrome est principalement associée aux activités qui utilisent des composés chromés, transforment des alliages ou traitent des matières premières qui en contiennent.

Les secteurs les plus concernés comprennent notamment :

  • le traitement de surface, le chromage et la galvanoplastie ;
  • la fabrication et la transformation des métaux ;
  • la sidérurgie et la production d’aciers inoxydables ;
  • les tanneries ;
  • la fabrication de pigments, de colorants et de certains produits chimiques ;
  • les activités minières et hydrométallurgiques ;
  • le traitement de déchets, de cendres ou de résidus métalliques ;
  • certaines eaux de chantier au contact de bétons, de remblais ou de sols contaminés.

La page d’Environnement et Changement climatique Canada dédiée aux composés de chrome hexavalent recense notamment la finition des métaux, la fabrication de l’acier, la fusion des métaux communs et la préservation du bois parmi les sources industrielles documentées.

Dans un site industriel, le chrome peut rejoindre les effluents par les eaux de rinçage, les purges de bains, le lavage des équipements, le lessivage de matières premières ou de résidus et le ruissellement sur des surfaces contaminées. Une pollution historique des sols ou des réseaux peut également continuer à alimenter les eaux longtemps après l’arrêt du procédé à l’origine de la contamination.

Quels sont les risques liés au chrome dans l’eau ?

Les risques varient fortement selon la forme du chrome et les conditions du milieu. Le Cr(VI) est la forme la plus préoccupante en raison de sa mobilité et de sa toxicité. Il peut affecter les organismes aquatiques et contaminer les eaux superficielles ou souterraines lorsqu’il n’est pas correctement maîtrisé.

Le chrome ne disparaît pas par biodégradation. Il peut changer de forme chimique, précipiter, se fixer sur des particules ou migrer entre l’eau, les sols et les sédiments. La réduction du Cr(VI) diminue le danger associé à sa forme hexavalente, mais elle ne retire pas le chrome de l’effluent : le Cr(III) produit doit encore être séparé ou immobilisé.

Pour l’industriel, l’enjeu est également opérationnel. Un dépassement peut entraîner un renforcement des contrôles, une modification des conditions de rejet, des surcoûts d’exploitation ou une mise en demeure. La surveillance doit donc porter sur la concentration, mais aussi sur le flux de chrome rejeté et sur la stabilité des performances dans le temps.

Quelle réglementation s’applique aux rejets industriels de chrome ?

Il n’existe pas une valeur universelle applicable à tous les rejets de chrome. En France, le seuil à respecter peut résulter de plusieurs niveaux de prescriptions : arrêté ministériel applicable à l’activité, arrêté préfectoral, conclusions sur les meilleures techniques disponibles, autorisation de déversement ou convention spéciale de déversement.

La distinction entre rejet direct dans le milieu naturel et rejet dans un réseau d’assainissement collectif est également essentielle. La réglementation peut encadrer le chrome total, le chrome hexavalent, une concentration maximale, un flux journalier ou plusieurs de ces paramètres simultanément. Le Portail Substances Chimiques de l’INERIS consacré au chrome rassemble des informations réglementaires détaillées sur la substance et ses rejets.

Avant de dimensionner un traitement du chrome dans l’eau, il convient donc de vérifier :

  • la valeur limite inscrite dans l’arrêté applicable au site ;
  • les exigences particulières de la convention de rejet ;
  • le point et la fréquence de mesure ;
  • la forme de chrome recherchée par le laboratoire ;
  • la manière dont le flux journalier est calculé.

Pour approfondir ce cadre, consultez notre article sur la réglementation des eaux usées industrielles et les obligations de rejet.

Comment traiter le chrome dans un effluent industriel ?

La bonne filière dépend de la spéciation du chrome, de la charge à traiter et de la concentration finale recherchée. Dans la plupart des situations, le traitement s’organise en plusieurs étapes complémentaires.

1. Séparer les flux et réduire la pollution à la source

Les bains concentrés, les eaux de rinçage et les effluents faiblement chargés ne doivent pas systématiquement être mélangés. Leur séparation peut faciliter la récupération de matières, réduire le volume à traiter et éviter de diluer une charge concentrée dans un grand débit d’eau.

L’homogénéisation des effluents permet ensuite de lisser les variations de pH, de débit et de concentration. Elle améliore la régularité du dosage des réactifs et limite les dépassements provoqués par des pointes de charge.

2. Réduire le chrome VI en chrome III

Lorsque du Cr(VI) est présent, il doit généralement être converti en Cr(III) à l’aide d’un réducteur adapté. Le choix du réactif et de la dose dépend notamment du pH, du potentiel d’oxydoréduction, de la concentration en chrome et des autres espèces oxydantes présentes dans l’eau.

Cette réaction doit être suivie et validée analytiquement. Une réduction incomplète laisserait subsister une fraction de chrome hexavalent que la précipitation suivante éliminerait mal.

3. Précipiter et séparer le chrome III

Après réduction, le pH est ajusté pour favoriser la formation d’hydroxyde de chrome. La coagulation-floculation facilite ensuite l’agrégation des particules avant leur séparation par décantation, flottation ou filtration.

Cette étape est robuste pour traiter des concentrations significatives, mais elle génère des boues qui doivent être caractérisées et gérées dans une filière appropriée. Ses performances dépendent également de la maîtrise du pH et de la qualité de la séparation solide-liquide.

4. Traiter le chrome résiduel

Lorsque la précipitation ne suffit pas pour atteindre l’objectif de rejet, une étape de finition peut être installée en aval. Plusieurs familles de technologies sont disponibles :

  • les résines échangeuses d’ions, performantes sur certaines formes dissoutes, mais sensibles à la matrice et nécessitant une gestion de la régénération ;
  • les membranes, capables d’atteindre des niveaux de traitement élevés, mais produisant un concentrat ;
  • l’adsorption sur des médias spécialisés, adaptée à la captation de faibles concentrations métalliques résiduelles ;
  • certains procédés électrochimiques, pertinents dans des configurations spécifiques.

Le comparatif BIOHAP des solutions de traitement de l’eau pour les métaux traces détaille les principaux critères à examiner : capacité de fixation, sélectivité, stabilité, sensibilité aux ions concurrents et contraintes d’exploitation.

Pourquoi reste-t-il du chrome après un traitement physico-chimique ?

La présence de chrome résiduel ne signifie pas nécessairement que la station est mal exploitée. Plusieurs phénomènes peuvent limiter l’abattement :

  • un pH insuffisamment stable ou inadapté à la matrice ;
  • un temps de réaction trop court ;
  • des variations rapides de concentration ou de débit ;
  • des agents complexants maintenant le Cr(III) en solution ;
  • des particules fines ou colloïdales mal séparées ;
  • une réduction incomplète du Cr(VI) ;
  • un objectif de rejet inférieur à la limite pratique du traitement principal.

Il faut alors déterminer si la fraction restante est particulaire, colloïdale ou véritablement dissoute. Cette distinction permet de choisir entre l’amélioration de la clarification, l’optimisation de la chimie du procédé ou l’ajout d’un traitement de finition.

Quel traitement choisir selon la situation ?

Situation observéeTraitement principalFinition envisageable
Cr(VI) majoritaireRéduction en Cr(III), puis précipitationCaptation du Cr(III) résiduel
Cr(III) à concentration élevéePrécipitation et séparation solide-liquideMédia spécialisé ou résine
Cr(III) dissous à faible concentrationTraitement de finitionMédia minéral réactif ou échange d’ions
Effluent très variableHomogénéisation et traitement physico-chimique pilotéBarrière de sécurité en aval
Objectif de réutilisation de l’eauFilière multibarrière adaptée à la matriceMembrane ou combinaison de procédés

Le choix ne doit pas être fondé uniquement sur un rendement annoncé. Le débit, la concentration initiale, l’objectif de rejet, le pH, les matières en suspension, les sels dissous, les complexants et les autres métaux influencent directement la performance et le coût d’exploitation.

Les médias minéraux pour le traitement de finition du chrome III

Les médias minéraux réactifs peuvent être utilisés pour capter le chrome trivalent restant après un traitement principal. Ils sont particulièrement pertinents lorsque la concentration est déjà faible, mais doit encore être abaissée pour stabiliser la conformité du rejet.

BIOHAP développe des apatites destinées à l’immobilisation des polluants métalliques résiduels. La solution ne se substitue pas à l’étape de réduction lorsqu’un effluent contient du Cr(VI) : elle se positionne sur le Cr(III), présent initialement ou formé après réduction.

En filtration continue, l’apatite granulaire BIOHAP peut constituer une étape de finition en aval d’une filière physico-chimique. Son fonctionnement et sa durée d’utilisation dépendent toutefois de la matrice réelle de l’effluent. La présence de matières en suspension, d’agents complexants ou d’ions concurrents doit être prise en compte avant tout dimensionnement.

C’est pourquoi une étude sur eau réelle est nécessaire. Un essai permet de vérifier la traitabilité du chrome trivalent, d’observer l’influence de la matrice et d’estimer la quantité de média nécessaire. Découvrez les étapes proposées par BIOHAP pour tester le traitement sur un échantillon représentatif.

Fixation du chrome sur apatite
Essai laboratoire de traitement du chrome sur une apatite BIOHAP (à gauche : effluent initial ; à droite : après ajout d’apatite)

Quelles analyses transmettre avant un essai de traitement ?

Pour établir un premier diagnostic, les informations les plus utiles sont :

  • la concentration en chrome total ;
  • la concentration en chrome VI, si sa présence est possible ;
  • la fraction dissoute après filtration, selon le protocole convenu avec le laboratoire ;
  • le pH et les matières en suspension ;
  • les autres métaux présents ;
  • les principaux sels, réactifs ou complexants utilisés sur le site ;
  • le débit moyen, les pointes de débit et le rythme de fonctionnement ;
  • la concentration cible et le texte qui fixe l’objectif de rejet.

Un prélèvement représentatif est préférable à une eau reconstituée, car les interactions entre le chrome et les autres constituants de l’effluent peuvent modifier fortement le résultat.

Conclusion

Le traitement du chrome dans les eaux industrielles commence par une caractérisation précise. Le chrome VI et le chrome III ne présentent ni le même comportement ni les mêmes besoins de traitement. Lorsqu’il est présent, le Cr(VI) doit généralement être réduit en Cr(III), puis le chrome trivalent doit être précipité et séparé.

Si une concentration résiduelle subsiste après ce traitement, l’ajout d’une étape de finition peut sécuriser le rejet. Les médias minéraux réactifs constituent alors une option à étudier pour capter le Cr(III) dissous à faible concentration, sous réserve de valider leur performance sur l’effluent réel.

Vous rencontrez une concentration résiduelle en chrome trivalent dans vos eaux industrielles ? Contactez BIOHAP pour échanger sur votre effluent, vos analyses et votre objectif de traitement.

Questions fréquentes sur le traitement du chrome dans l’eau

Quelle différence entre le chrome III et le chrome VI ?

Le chrome III, ou Cr(III), est une forme généralement moins mobile qui peut être précipitée sous forme d’hydroxyde dans des conditions adaptées. Le chrome VI, aussi appelé chrome hexavalent ou chrome 6, est plus mobile et plus préoccupant. Il doit généralement être réduit en Cr(III) avant son élimination par précipitation.

Peut-on précipiter directement le chrome VI ?

Une précipitation classique des hydroxydes métalliques n’est généralement pas suffisante pour éliminer le Cr(VI). La filière conventionnelle comprend d’abord une réduction en Cr(III), puis une précipitation et une séparation du solide formé.

Pourquoi reste-t-il du chrome après précipitation ?

Le chrome résiduel peut provenir d’un pH mal stabilisé, d’une réduction incomplète, de complexes solubles ou de particules très fines mal séparées. Une analyse du chrome dissous et du Cr(VI) permet de mieux identifier le mécanisme limitant.

Un média filtrant peut-il traiter le chrome VI ?

Cela dépend de la chimie propre au média et doit être démontré sur la matrice concernée. Les apatites BIOHAP sont positionnées sur la captation du chrome trivalent. En présence de Cr(VI), une réduction préalable est donc nécessaire avant le traitement de finition.

Quelle est la limite de rejet du chrome pour un industriel ?

La valeur dépend de l’activité, du point de rejet, de l’arrêté applicable au site et, le cas échéant, de la convention de déversement. Il faut également vérifier si la prescription porte sur le chrome total, le chrome VI, la concentration, le flux journalier ou plusieurs de ces critères.

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